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Le prog, c'est le futur

ENTRETIEN : MYRATH

  Origine : Tunisie
Style : metal progressif
Formé en : 2003
Composition :
Zaher Zorgati - chant
Malek Ben Arbia - guitare
Anis Jouini - basse
Elyes Bouchoucha – claviers, chant
Salef Ouhibi – batterie, percussions
Dernier album : Hope (2007)

Issu de la grande famille des émules de Symphony X, ce nouvel espoir de la scène tunisienne prône son influence et applique à la lettre les fondements essentiels du metal progressif, mâtinés d'aspects traditionnels propres au folklore du pays. Une surprise ensoleillée qui déboule sans crier gare, une découverte essentielle pour les blasés du genre qui n'y croyaient plus !

Progressia : Il est indéniable que les groupes d'Afrique du Nord ne sont pas légions dans l'univers du metal, encore moins dans la mouvance progressive. Quels ont été vos pressentiments avant de rentrer en studio et comment voyez-vous cette ouverture vers l'international, avec ses bons et mauvais côtés ?
Lorsque Kevin Codfert a accepté de nous produire, nous étions certains que l’enregistrement de l’album serait d’une qualité conforme aux normes internationales. Nous avons par la suite envoyé des exemplaires aux labels étrangers, bien que le doute persistait. Nous ne savions si notre musique leur plairait. Ils recevaient tellement de démos d’autres groupes du monde entier que nous avions peur qu’ils ne sous-estiment un petit groupe venant d’un petit pays sans aucune tradition dans le metal. Les retours ont été plutôt bons et nous avons finalement signé avec Brennus Music, un label connu pour son sérieux et surtout pour avoir lancé la carrière de plusieurs formations inconnues à leur début. Nous commençons à présent à nous faire connaître à l’échelle internationale, nous travaillons donc davantage pour être à la hauteur des expectatives et ainsi gravir les échelons. Le bon côté de cette ouverture permet à Myrath de connaître une certaine notoriété qui dépasse les frontières tunisiennes, elle ouvre les portes de certains festivals et attire l’intérêt de certains organisateurs de concerts. Le mauvais côté reste cette confrontation à la réalité d’une industrie du disque en pleine crise, notamment devant ce fléau qu'est le piratage. Investir beaucoup de temps et d’argent pour un album ne donne plus aucune garantie de retour sur investissement. Pour les concerts en Europe, c’est encore plus dur car peu d’organisateurs acceptent d’inviter des groupes émergents comme Myrath, et la majorité de ceux qui le font ne sont pas disposés à supporter les coûts des billets d’avion, et encore moins un cachet. Nous l'avons compris et ferons tous les sacrifices nécessaires pour jouer en Europe. Nous sommes confiants dans le fait que beaucoup vont aimer notre musique. Nous penserons à l’argent lorsque le succès sera au rendez-vous ! Par ailleurs, le metal, et le prog en particulier, restent des musiques underground où la concurrence est sévère. Nous mettrons tout en oeuvre pour atteindre nos objectifs. Tôt ou tard, cela finira par payer, car nous jouons de la musique avec passion et pas dans le but de gagner de l’argent dans l’immédiat.

Comment se porte le marché de la musique en Tunisie ? Pensez-vous que la musique progressive émerge à nouveau et qu'elle devrait jouer un rôle majeur dans les prochaines années, comme on peut le constater dans certains pays ?
Le metal en Tunisie - bien qu’il reste marginal par rapport à la house et à la musique arabe - s’est beaucoup développé ces dernières années avec l’émergence de dizaines de nouveaux groupes. Ce phénomène a coïncidé avec la tenue du festival méditerranéen de la guitare, qui fêtera sa cinquième édition le 21 mars 2008. Grâce à ses organisateurs et également à la première édition de Rock à Rades au mois d’août dernier, de grosses pointures comme Robert Plant, Adagio, Bertignac, Epica, Firewind et After Forever se sont produits à Tunis durant ces deux dernières années. Nous ne pouvons cependant pas affirmer qu'il existe bel et bien un marché de la musique metal en Tunisie car il n’y a aucun labels ou producteurs. Le seul moyen pour un groupe ambitieux de se faire repérer est d'avoir recours à des structures étrangères. A voir le nombre de groupes prog qui gagnent en notoriété ces dernières années et l'apparition de nouveaux festivals, il est clair que les choses vont changer, du moins nous l'espérons.

Le parcours instrumental de Myrath semble très riche et poussé.
Sachant que la musique est un apprentissage sans fin, tous les membres du groupe travaillent d’une façon régulière pour améliorer et diversifier leur technique de jeu. A titre d’exemple, Saief a réintégré le conservatoire pour reprendre des cours de solfège et parfaire son jeu à la darbouka, une percussion typiquement tunisienne, dans la perspective d’utiliser cet instrument en live sur les parties orientales. Quant au parcours des membres de Myrath, il peut être résumé comme suit : Malek, vingt ans, est diplômé du MAI (promotion Alain Caron - juillet 2006). Il est le membre fondateur du groupe avec deux autres amis qui l'ont quitté depuis. Il est l'unique rescapé du premier line up qui a vu le jour en 2001, lorsqu’il n’avait que treize ans. C’est évidemment la seule formation avec laquelle il a joué. Elyes a vingt-deux ans, il est diplômé du conservatoire de Tunis en musique classique et arabe. Il a rencontré Malek en 2002 et a intégré Myrath en 2003 lorsque le groupe a décidé de jouer des reprises de Symphony X. Il est également violoniste au sein de l’orchestre symphonique de Tunis, et a débuté les claviers il y a dix ans lorsqu’il a découvert le metal. Saief a vingt-deux ans et trois ans de conservatoire. Il officie depuis 2005 sur les conseils d'Elyes en remplacement de Fehmi, l'ex-batteur et co-fondateur du groupe. Anis a vingt-cinq ans. Il occupe le poste de bassiste depuis 2006, après avoir joué pendant sept ans dans Propaganda, un groupe de heavy metal très connu en Tunisie. Zaher a également vingt-cinq ans, il est autodidacte et chante depuis l'âge de dix ans. Il nous a rejoints en juin 2007, après l'enregistrement de Hope. Il est réputé pour avoir joué avec deux groupes importants de la ville de Sousse : Pirania et Introspection. Nous l’avons contacté lorsqu'il les a quittés pour lui proposer d’intégrer Myrath, dans la perspective d’améliorer la présence scénique du groupe et de permettre à Elyes de se concentrer sur les claviers.

Comment s'est passé l'enregistrement de l'album avec Kevin Codfert ?
Nous avons rencontré Kevin le 24 mars 2006 lors de notre prestation en première partie d’Adagio et de Robert Plant à la troisième édition du festival méditerranéen de la guitare. Nous lui avons fait écouter certains titres de notre démo Double Face. Il a accepté de nous produire ; ce fut un vrai tournant dans notre carrière. Kevin s’est donc déplacé à Tunis avec son matériel, une carte son, un micro chant et un logiciel. Nous n'aurions jamais pu enregistrer l’album en France car nous n’avons pas les moyens de nous payer cinq billets d’avion pour un si long séjour. Hope a été enregistré dans un petit studio de fin novembre à fin décembre 2006. Le mixage a été réalisé par Kevin dans son studio en région parisienne début 2007. Le mastering a été réalisé en mars 2007 en Allemagne au House of Audio. Une fois l'album prêt, nous l'avons distribué aux divers labels dans la perspective de décrocher un contrat.

Quels sont vos principales influences, vos écoutes actuelles et vos albums de chevet ?
Le groupe qui nous a le plus influencés reste Symphony X. Dream Theater, Adagio, Outworld, Black Sabbath, Judas Priest, Eric Clapton, Gary Moore le sont également, ainsi que la musique classique et arabe. On écoute un peu de tout, principalement du prog, du thrash, du heavy, ainsi que d’autres styles en fonction de l’humeur du moment de chacun. Les albums et musiciens favoris de Malek et Elyes sont Painkiller de Judas Priest, Heaven and Hell de Black Sabbath et V de Symphony X donc Michael Romeo, John Petrucci, Paul Guilbert et Frank Gambale, Kevin Codfert, Richard Anderson, Ronnie James Dio, Russel Allen et Tim Owen. Saief est un fan de Pantera et de Joe Jordison, Nicolas Barker, Vinnie Colaiuta, Chris Adler, Dave Wakel. Pour Anis, Ride the Lightning de Metallica, Black Halo de Kamelot et Images and Words, Victor Wooten, Billy Seenhan, John Myung, Franck Hermanny, Jean Bisello et Cliff Burton. Zaher est un grand admirateur de Queen, de Master of Puppets de Metallica et de Scenes from a Memory de Dream Theater. Ses influences sont Bruce Dickinson, Dio, Sebastien Bach, Niklas Isfeldt et Roy Khan.

Pouvez-vous dire qu'il existe une influence du raï dans votre musique ? En écoutez-vous ou était-ce juste un moyen de vous différencier (rires) ?
Nous ne sommes vraiment pas influencés par le raï. On en écoute qu'à la radio ! Les sonorités arabisantes sur l’album puisent dans le patrimoine de la musique tunisienne traditionnelle, elles sont en majorité des idées d’Elyes, de par ses études.

Avez-vous interprété les instruments traditionnels employés sur Hope ou avez-vous fait appel à des musiciens externes ?
Les violons sont joués par Elyes. Les autres instruments traditionnels tels que la darbouka, le tabla et le mezoued (une cornemuse) ont été joués par des musiciens tunisiens auxquels nous avons fait appel pour l’occasion.

Une tournée est-elle prévue ? Avec qui souhaiteriez-vous tourner ?
Rien n'est prévu mais nous y travaillons. Deux dates sont toutefois confirmées : le 2 mai prochain au Prog'Sud dans la région de Marseille et le 16 août en Norvège au festival Metal Rock Fest. Il y aura également le 26 mars prochain à Tunis en clôture de la cinquième édition du festival méditerranéen de la guitare. Notre rêve serait bien évidemment de tourner avec Symphony X et Adagio, ou avec un autre groupe qui voudrait bien de nous ! Nous débutons tout juste à l’échelle internationale et quelques dates en France ou dans d’autres pays européens en 2008 seraient les bienvenues.

Un deuxième album est-il en préparation ? Si oui, avez-vous quelques informations à nous faire part ?
Absolument ! Nous mettons la touche finale à l'écriture des nouveaux titres qui seront aussi variés que ceux de Hope, bien que certainement plus travaillés et recherchés grâce à l'expérience acquise. On retrouvera davantage de sonorités orientales et ce sera l'occasion d'entendre pour la première fois la voix de Zaher et son timbre assez particulier, qui sait imprimer un chant oriental sur un morceau très metal. Nous espérons enregistrer l’album cet été pour une sortie à la rentrée, nous attendons juste de connaître les disponibilités de Kevin pour nous arranger.

Un dernier mot pour les fans et les lecteurs de Progressia ?
On tient à vous remercier pour cette interview et pour votre soutien à Myrath. Nous espérons que les fans français viendront nous voir jouer le 2 août à Prog'Sud, du moins ceux qui résident dans la région, et nous comptons sur leur soutien pour qu’ils achètent notre album Hope. Nous vous invitons également à visiter notre page MySpace !

Propos recueillis par Antoine Pinaud

site web : http://www.myrath.com

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